Le (e)-commerce français, moteur essentiel de la relance

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Echange entre Jérôme Jouanno et Alexandre Eruimy

En septembre 2020, lors de la Paris Retail Week, Jérôme Jouanno, délégué général de l’Acsel et Alexandre Eruimy, co-Président du Commerce Tech Club de l’Acsel et CEO de Prestashop, ont échangé ensemble sur le thème du e-commerce français, moteur essentiel de la relance.

Jérôme Jouanno :Alexandre, vous êtes à la fois administrateur de l’Acsel, co-président de la commission Commerce Tech Club et également CEO de PrestaShop, la plateforme e-commerce.”

Alexandre Eruimy : “Exactement. Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent l’Acsel, nous sommes la principale association transversale du numérique en France. Nous réunissons l’ensemble des acteurs de l’économie numérique, des entreprises et des organismes publics de tous les secteurs et de toutes les tailles afin de promouvoir la transformation numérique en insistant particulièrement sur le rôle qu’elle joue dans la croissance. Quant à PrestaShop, c’est la plateforme e-commerce qui accompagne les PME et les ETI dans la digitalisation de leurs ventes, en France et à l’international. Je tiens à remercier Arnaud Gallet pour cette invitation, et je suis très heureux d’être ici pour échanger sur le rôle du (e)commerce dans la relance économique.”

Jérôme :L’année 2020 est loin d’être terminée, mais est-ce que l’on peut déjà parler d’année charnière pour le e-commerce, et plus largement pour le numérique ?”

Alexandre : “En effet, la crise sanitaire a plus que jamais mis en évidence le rôle essentiel du digital pour maintenir notre tissu économique en activité. Un constat qui n’était auparavant pas partagé par tous. Par exemple, en 2019 dans le cadre de notre baromètre Croissance & Digital nous avons constaté que :

  • seuls 46% des marchands interrogés à l’époque avaient un site e-commerce. 
  • plus de la moitié d’entre eux (54%) voyaient encore le numérique comme un concurrent des ventes physiques.
  • À l’inverse, 77% des PME et ETI reconnaissaient déjà le numérique comme étant un levier de croissance.”

Jérôme : “J’imagine que PrestaShop est bien placé pour témoigner de ce qu’il s’est passé durant le confinement par rapport au e-commerce ?”

Alexandre : En effet, en tant que professionnels du retail, nous avons pu constater lors du confinement la très forte accélération de la digitalisation des ventes. En seulement huit semaines, nous avons fait un bond de plusieurs années dans l’adoption du numérique, tant par les consommateurs que par les entreprises. Pendant le confinement nous avons pu, grâce au e-commerce, continuer à nous nourrir, à consommer, à nous divertir, en somme, à vivre.”

Jérôme :On sait maintenant que cette période inédite a profondément et durablement transformé les habitudes de consommation : est-ce qu’il y a des chiffres qui illustrent cette évolution ?”

Alexandre : En France, nous avons observé une augmentation de 50% du nombre d’acheteurs uniques puisqu’ils sont passés de 5 à 7,4 millionsEt ce qui est intéressant à noter, c’est qu’une grande partie de ces nouveaux acheteurs étaient des seniors. Cela veut que cette tranche de la population qui est d’ordinaire moins digitalisée, s’est rapidement adaptée à l’achat en ligne. On peut faire le même constat aux États Unis où 40% des nouveaux acheteurs en ligne ont plus de 55 ansQu’est-ce que cela signifie ? Que la fracture générationnelle sur les questions digitales, qui était presque tenue pour acquise, s’est fortement résorbée durant cette période.”

Jérôme : Les acheteurs se sont donc adaptés plutôt rapidement, mais du côté des entreprises, comment s’est passée cette transition express au e-commerce pour celles qui n’étaient pas prêtes ?”

Alexandre : Celles déjà présentes en ligne ont pu, grâce au e-commerce, maintenir leur activité et limiter leurs pertes. Mais effectivement, celles qui ne l’étaient pas, ont dû s’adapter dans un temps très court. Chez PrestaShop, nous avons ainsi observé une augmentation de près de 40% des sites e-commerce créés avec PrestaShop, et cela concerne les commerces de proximité, les grandes enseignes comme les entreprises B2B. Les distributeurs aussi se sont adaptés en proposant de nouveaux formats comme Carrefour qui a mis en ligne en quelques jours seulement une plateforme de livraison de paniers déjà préparés, Les Essentiels, développée d’ailleurs sous PrestaShop. Durant cette période, les grands noms la tech se sont aussi mobilisés pour soutenir les commerçants face au challenge que représentait la fermeture des commerces physiques. Je pense notamment aux marketplaces comme Cdiscount qui a réussi à intégrer des milliers de nouveaux marchands dans un délai très court.”

Jérôme : “La digitalisation du commerce serait donc une solution pour retrouver une croissance et lutter contre la crise économique ?”

Alexandre : “Absolument. La digitalisation de notre économie doit être considérée comme une pièce incontournable du puzzle de la relance, car c’est en digitalisant le commerce que nous pourrons retrouver une croissance à la hauteur de nos besoins et de nos ambitions.”

Jérôme : Quelles seraient alors, selon vous, les priorités ?”

Alexandre : Pour y parvenir, les leviers sont nombreux, et il ne tient qu’à nous, dirigeants d’entreprise, de les activer. Cela passe tout d’abord par la digitalisation des process et des ventes de nos entreprises car c’est un enjeu majeur de compétitivité. Concrètement, les entreprises, et plus particulièrement les PME et ETI doivent mettre en place rapidement des outils numériques, que ce soit pour les fonctions administratives, pour la communication ou pour la vente. D’ailleurs, ce sont les acteurs qui avaient déjà entamé un processus de digitalisation qui ont le mieux résisté au choc de ces derniers mois.”

Jérôme Comment cette transformation peut-elle être accélérée ?”

Alexandre : Cette transformation, elle ne pourra pas se faire sans formation. Les pouvoirs publics et les entreprises doivent investir dès maintenant et massivement dans la formation numérique pour faire émerger de véritables talents numériques qui seront des atouts clefs de la reprise et de la croissance de nos entreprises. C’est d’ailleurs tout le sens de la décision du gouvernement d’allouer 300 millions du plan de relance à cette fin.”

Jérôme Comment voyez-vous la suite des effets du confinement ?”

Alexandre : Les nouvelles habitudes de consommation qui sont nées du confinement sont amenées à perdurer. Ainsi, le digital doit continuer à être envisagé comme un relais de croissance indispensable pour les commerces physiques, et non comme un concurrent. C’est-à-dire que, là où auparavant, beaucoup voyaient une rupture, il nous revient de créer une continuité.”

Jérôme Et le e-commerce aura donc un rôle prépondérant à jouer dans cette transformation numérique ?”

Alexandre : Complètement. Le e-commerce, ce n’est pas seulement un moteur de dynamisme commercial au niveau local, c’est aussi un enjeu majeur pour le développement de nos entreprises à l’international. Pour preuve, les entreprises dont la part des ventes en ligne est prépondérante affichent des ventes à l’international qui sont trois fois supérieures à celles des entreprises classiquesIl ne s’agit donc pas seulement d’organiser la résilience du commerce français grâce au digital. Il s’agit d’aller chercher des points de croissance supplémentaires partout sur le territoire en permettant à nos PME et nos ETI d’élargir, grâce au digital, leur terrain de jeu à toute la France, à toute l’Europe et enfin, au monde entier. C’est finalement cela qui se joue sous nos yeux aujourd’hui. Construire une économie française plus digitalisée, plus internationalisée et finalement plus conquérante !”

Jérôme Une année 2020 très riche en enseignements du côté de PrestaShop…”

Alexandre : Oui et ce n’est pas fini : mi-novembre nous aurons les résultats de la nouvelle édition de notre baromètre sur la thématique : « La crise sanitaire a-t-elle été un frein ou un accélérateur de la digitalisation des TPE, PME et ETI du secteur du commerce et des services ? »

Jérôme Je pense que l’on connaît déjà un peu la réponse à cette question… Alexandre Eruimy, merci beaucoup !”

 

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