Retour sur le webinar télétravail versus travail en confinement

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Alors que la 6ème semaine de confinement bat son plein et qu’il semble que la libération se rapproche, le télétravail subi n’a pas fini de faire parler de lui. Quel que soit le mot pour le dire, la consigne de mode de travail demeure #Restezchezvous! Moral en berne, bonheur de rester auprès des siens, seul ou accompagné, en appartement ou en maison, chacun est impacté et réagit avec ses émotions plus ou moins fluctuantes.

La commission #ReinventWork de l’ACSEL a souhaité échanger et partager avec les adhérents de l’association sur ce sujet au coeur de tous les débats et de toutes les préoccupations. 

Le 21 Avril, ce sont presque 80 participants des quatre coins de l’hexagone qui se sont donc retrouvés lors d’un webinar autour de Perrine Grua, Co-présidente de #Reinventwork, Co-fondatrice de France Apprenante et de ses invités:  Corinne Estève Diemunsch, Marketing & Communications and HR & CSR Director, Limonetik, Alexis Teplitchi Co-fondateur d’AssessFirst, Alexandre Eruimy, CEO de PrestaShop et Vincent Montet, Co-président de #Reinventwork, CDO de l’EFAP.

Le confinement, créateur de surprises ?

Fort des résultats de la dernière enquête réalisée entre le 23 Mars et le 2 Avril par son entreprise, AssessFirst, Alexis Teplitchi indique que la moitié des répondants se sont déclarés aussi efficaces en télétravail qu’en entreprise. Bonne nouvelle! 

Réalisée sur un panel de 1594 personnes peu après l’annonce du confinement, parmi les chiffres clés les plus surprenants de cette enquête nous trouvons le pourcentage de personnes partageant leur fort niveau de stress face au confinement (18%) tandis que 43% trouve cela plutôt “agréable”. Avec deux tiers des répondants qui vivent en ville, et 15% dans des logements de moins de 15m², une réflexion sur la façon d’envisager le monde professionnel et personnel se pose. Un retour sur soi, sur la place du travail dans sa vie quotidienne, sur le rapport à la consommation sont prégnants.

Si le télétravail est une découverte pour 40% des répondants, 25% ne le pratiquaient qu’occasionnellement. Un autre chiffre plus inquiétant est celui des personnes sondées (15%) qui avouent n’avoir aucun contact avec leur entreprise en deuxième semaine de confinement.

Alors sur le terrain, comment cela se traduit dans nos entreprises ?

“Je n’ai pas découvert de nouveau Héro” dit Corinne Estève Diemunsch en rigolant “mais en cette période troublée et troublante, nous ne pouvons pas demander l’impossible; pas plus aux autres qu’à nous-même! Il est déjà super que chacun puisse maintenir son cap et demeurer ce qu’il est, fiable et rigoureux”.

Chez Limonetik, Fintech des paiements, la politique de télétravail était effective depuis de nombreuses années et officialisée via une charte de mobilité depuis début 2019 pour tous les collaborateurs, quelle que soit leur fonction ou leur statut. 

“La mise en place du télétravail n’a pas été compliquée pour nous car tout le personnel était déjà équipé. Nous avons même demandé à nos collaborateurs de rester chez eux avant l’annonce du confinement par le gouvernement. Par contre, qui dit crise dit gestion du stress et des angoisses instinctives. Notre focus a donc porté sur un renforcement de notre attention vis-à-vis des collaborateurs et des managers dès le début de la période” poursuit Corinne Estève Diemunsch.

Chez PrestaShop, plateforme e-commerce de référence en Europe et en Amérique Latine permettant de développer un site marchand, ce sont les parents qui ont fait l’objet des plus grandes attentions.

“Avec une moyenne d’âge d’environ 30 ans, notre équipe est répartie en 3 populations types” explique Alexandre Eruimy. “Des jeunes souvent confinés seuls à Paris qui sont en manque de lien social; des parents avec enfants à garder qui ont besoin d’horaires flexibles, voire d’arrêt de travail pour garde d’enfant; et les équipes moins habituées au télétravail pour lesquelles des outils et tutoriels ont permis de faciliter la mise en place du travail.”

La technologie en toile de fond

Pour ces dernières populations, nouvelles consommatrices du travail à distance, un point s’impose à l’esprit: le besoin de simplification des outils, des solutions partagées, de formation pour les accompagner dans une meilleure prise en main de nouveaux univers technologiques. 

L’enquête AssessFirst a mis en exergue ce besoin inhérent à la maîtrise des outils nécessaires au travail à distance. Une personne sur 5 (20% des répondants) estime ne pas avoir les moyens (notamment techniques) à sa disposition pour pouvoir télétravailler dans les bonnes conditions. De fait, si les nouvelles technologies font bien partie du quotidien de nombre d’entre nous, les utiliser efficacement et à bon escient dans le monde professionnel, est plus douteux. De plus toutes les entreprises n’avaient pas mis en place l’ensemble des moyens ni des équipements nécessaires pour répondre aux besoins dans un tel contexte (serveurs adaptés, nombres d’accès en simultané, outils de visioconférence, etc).

“Même pour un acteur de la Tech comme nous, la situation a créé des surprises” indique Alexandre Eruimy. “De fait nous assistons à une accélération imposée de la transformation digitale. Nous avons mis en place des outils pour fluidifier la communication, augmenter les échanges, mesurer l’humeur,  partager l’organigramme, etc. Cela a demandé une adaptation sur les deux premières semaines de confinement”.

Les étudiants aussi dans la tourmente

Avec des étudiants à Bordeaux, Lille, Lyon, Paris, Montpellier et Shanghai, et après seulement 3 ans d’existence, le MBA DMB, classé N°2 des meilleurs masters et MBA e-business de France, a dû relever de nombreux défis imposés tant aux administrateurs qu’aux professeurs qu’aux nombreux étudiants.

“Nous avons dû, dès l’annonce de la crise sanitaire en Chine, rapatrier les professeurs sur le sol Français” commente Vincent Montet. “Même si nous sommes rompus aux défis posés par la transformation digitale, thématique de notre MBA, personne n’était prêt à gérer une telle situation. Il restait 500 heures de cours à réaliser. Imaginez les aspects techniques et organisationnels à revoir.”

Quelles opportunités et quels enjeux ?

“L’un des risques et donc des enjeux majeurs est celui de la baisse de moral et d’énergie” précise Corinne Estève Diemunsch. “Il faut arriver à conserver les équipes motivées et fédérées autour du projet d’entreprise.”

Les efforts du gouvernement pour proposer des dispositifs variés comme le chômage partiel, la garde d’enfants, le FNE-Formation, visant tous à aider les organisations à maintenir l’employabilité n’ont pas été vains. Pourtant, ceux-ci ont été plus ou moins déployés au sein de nos organisations témoins.
De fait chez PrestaShop comme chez Limonetik, les Directions de ces PME ont choisi de conserver la majorité de leurs personnels en plein emploi.

Pour Corinne Estève Diemunsch “Il en va de notre responsabilité sociale et sociétale; nous ne devons utiliser ces dispositifs qu’avec mesure pour ne pas contribuer à condamner tout le système. Un usage parcimonieux et adapté à chaque cas et à chacun est une obligation moral de tous. C’est aussi aux salariés de savoir indiquer à leurs managers s’ils constatent une baisse d’activité dans leur quotidien. Mettre les personnels au chômage partiel peut avoir des résonances désastreuses pour le moral des troupes. Le calcul simple des économies réalisées par l’employeur pourrait être totalement faussé par ce paramètre”.

100% des 130 salariés de PrestaShop sont en télétravail et quelques-uns en garde d’enfants.

Alexandre Eruimy partage : “l’humeur de nos collaborateurs évolue fortement, avec des cycles plus courts. Constatant une baisse de moral des équipes, en semaine 4 et 5, nous avons décidé de renforcer la communication interne et introduit de nouveaux outils pour mieux comprendre les situations, nous organiser et répondre aux besoins de chacun.”

Le moral des salariés en ligne de mire

La forme mentale des personnels est au cœur de nombreuses préoccupations. Ainsi, si l’enquête AssessFirst montre qu’en début de confinement le moral des salariés était positif pour plus de 70% des sondés, au fil des jours et des semaines, malgré un temps plutôt beau et clément, une érosion s’est rapidement produite.

Dès les problèmes techniques réglés pour que les cours à distance puissent s’effectuer, l’équipe du  MBA DMB a mis en place des projets motivants et des idées novatrices pour animer sa communauté. L’elearning, en effet, ne comble pas tous les manques liés au confinement. Des projets pour développer de nouveaux Soft Skills ont été proposé comme défendre un projet face à une caméra en 35mn; des challenges sont à relever chaque semaine avec prise de photos et partage sur Instagram. Chacun, Vincent Montet en tête, a joué le jeu avec résilience et humour. Il n’avait malheureusement pas revêtu l’un de ses habits de super héro ou de manga pour le Webinar.

 

“Nous avons constaté que les populations de parents en formation part-time, VAE, etc. devaient être particulièrement soignées car souvent les entreprises de ces personnes ne mesurent pas l’engagement de leurs collaborateurs lorsqu’ils sont en formation continue. Ils héritent donc d’une pression triangulaire: côté employeur, le télétravail subi et de l’organisation de réunions en cascade; côté familial avec des enfants dont ils doivent gérer le quotidien et canaliser l’énergie; côté personnel avec la poursuite de leur développement de compétences” explique Vincent Montet. “Les étudiants isolés sont une autre réelle préoccupation car leur situation les fragilise; nous redoublons d’attention pour eux également”.

On le voit, les bonnes intentions et la mise en place de dispositifs créatifs prédominent.

On a testé pour vous les outils du télétravail

Parmi les attentions des entreprises envers leurs salariés, la forme physique a aussi pris une bonne part des préoccupations. Proposant des cours individuels, collectifs, en famille, entre collègues, nous avons vu fleurir de nombreux sites de sports en ligne. Les eApéro connaissent également une envolée.

“Chez AssessFirst l’usage de l’app Discord permet de recréer les échanges spontanés qui habituellement se faisaient autour de la machine à café. Nous avons ainsi pu reprendre des rituels ou en créer de nouveaux” explique Alexis Teplitchi.

Bien communiquer, comme le signale Alexandre Eruimy est primordial ! “La crise exacerbe les personnalités dans l’entreprise, et je dirais même plus, les émotions… Les qualités et les travers des uns et des autres peuvent vite créer des biais négatifs. Et le passage à une communication plus écrite qu’avant peut renforcer le problème. Il faut aussi absolument éviter le “micro chat” et la sur-abondance de réunions.”

“Le micro management ne peut pas fonctionner en télétravail” ajoute Alexis Teplitchi. “Sur-solliciter les personnes peut mener au burn out. Le reporting permanent ne marche pas à distance. L’autonomie, la responsabilisation des personnes et le management par objectifs sont les facteurs clés pour que cela fonctionne en remote.”

Qu’est-ce qu’on garde pour la suite ?

Pour Corinne Estève Diemunsch “Outre les baromètres réguliers qui permettent de mesurer l’état d’esprit et d’humeur dans lesquels se trouvent les équipes, il ne faut pas hésiter à mettre en place des rdv formels ou informels courts mais réguliers pour conserver l’osmose entre les membres de la tribu. Le ton de la communication doit également faire l’objet d’une attention particulière. L’humour permet une cure de détox émotionnelle par exemple. Adopter un mindset “Happy Warrior”; s’orienter vers une attitude “bienformante” (bienveillant/performant); prendre conscience des autres, de leur quotidien tout en gardant le besoin et la nécessité de performance de l’entreprise; prendre la mesure de nos responsabilité dans la propagation des idées négatives; ne pas être un Bob l’éponge; souffler et prendre du temps pour soi; autant de bonnes pratiques à tester et à adapter à qui nous sommes individuellement.”

Pour Vincent Montet, parmi les bonnes pratiques a absolument conserver, figurent les cours découpés en Sprint plutôt qu’en tunnel pédagogique! Mais aussi la notion d’intimité publique qui casse les barrières et ouvre les horizons.

Et après le 11 Mai, on fait quoi ?

Chez AssessFirst les équipes sont déjà au courant; les contraintes sanitaires pour une reprise en présentiel sont trop importantes aussi les bureaux ne rouvriront pas avant le 1er Septembre.

Chez PrestaShop on réfléchit au sujet. Des réunions “spéciales déconfinement” sont menées.

Chez Limonetik, les RH travaillent sur un plan de retour au bureau séquencé, par groupes étanches et sur la base du volontariat uniquement. 

Côté MBA DMB la projection se fait sur Septembre minimum.

 

Article réalisé par Corinne Estève Diemunsch,
membre de la commission #ReinventWork ACSEL,
Dir Marketing / Com et DRH Limonetik

Liens utiles

Résultats de l’enquête AssessFirst – https://lp.assessfirst.com/enquete-teletravail

Video Call Games – https://tweekends.com/video-call-games-package/

Diagnostic Covid – https://test4.net/a/t.jsp?c=Nj2Wn5AnJf

Défi insolite – https://creapills.com/getty-museum-twitter-defi-tableaux-reproduction-20200331

Enquêtes et Sondage – https://www.bleexo.com/ 

Sondage productivité en télétravail – https://www.linkedin.com/posts/pablo-santamaria-paris-449758a_diagnostic-crise-covid19-activity-6657936956045041664-OH9K

Outil de création d’organigrammes – https://www.organimi.com/ 

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